Dans le cadre de l’impératif des réductions des dépenses de l’Assurance Maladie, toutes les idées qui peuvent aboutir à baisser les tarifs sont les bienvenues. Parmi ces pistes, il serait question d’instaurer des actes spécifiquement dispensés et rémunérés en officine de pharmacie. Ce projet a été élaboré sans compter sur l’hostilité des médecins.
Il semble que le ministère de la Santé et les syndicats ont été un peu vite en affaire en ébauchant un projet autorisant les pharmaciens à pratiquer certains actes jusqu’à présent réservés au diagnostic médical.
L’Union Généraliste a déjà déclaré que l’on se trouve « au cœur d’un conflit d’intérêt majeur entre le pharmacien conseiller qui jusqu’à présent connaissait quand même la limite de la « gratuité » de ce conseil et son intérêt à la consommation de produits du patient. En faire une consultation reconnue pose des problèmes de conflit d’intérêt majeur. Et pour s’en convaincre, il suffirait que les syndicats de médecins réclament sérieusement le retour au pro-pharmacien : le médecin qui peut à la fois prescrire et vendre les médicaments ». Par conséquent, l’élargissement du rôle du pharmacien ne pourra se dispenser de l’aval des organisations représentatives des médecins.
La limite du diagnostic à Montréal
Pour ménager les susceptibilités de tous, le ministère de la Santé pourra tirer les leçons de ce qui s’est déjà produit au Canada où le conflit ouvert entre pharmaciens et médecins a débouché sur un consensus, l’accroissement du rôle des pharmaciens étant posé comme une évolution inéluctable. Il faut dire qu’au Québec le problème déclencheur était la saturation du réseau de soins primaires. La loi sur laquelle les négociations ont débouché autorise les pharmaciens québécois à prescrire des médicaments tant qu’un diagnostic n’est pas requis.
D’immenses avancées pour les pharmaciens québécois
Au Canada, le projet de loi donne aux pharmaciens la faculté de prolonger les ordonnances et d’adapter une ordonnance au poids d’un patient ou à ses allergies. En France, ces calibrages sont automatiquement réalisés par les médecins à qui on demande de mieux connaître leurs patients dans le cadre du parcours de soins coordonnés. Une proximité voulue par le système français lui-même qui ne se partage pas aisément avec un pharmacien.
Les véritables évolutions du projet de loi québécois sont d’autoriser les pharmaciens à interpréter certaines analyses de laboratoire, administrer certains médicaments à des fins d’enseignement et à leur reconnaître un droit de prescrire certains produits lorsqu’un diagnostic ne semble pas nécessaire (cas d’infection urinaire, de nausées des femmes enceintes ou des diarrhées des voyageurs).
Pour Jean Provost, pharmacien québécois cité par la Voix de L’Est, cette ouverture constitue un grand progrès : « Ça représente une belle ouverture d’esprit non seulement du ministre, mais aussi du Collège des médecins, qui applaudit aussi le projet de loi. Ça fait longtemps que l’on se parle. Enfin, le Collège et l’Ordre commencent à s’entendre pour mieux servir la population ».
De son côté, la Fédération des Médecins Omnipraticiens du Québec (FMOQ) fait valoir que ce projet de loi se positionne sur des « changements logiques », respectant l’« optique de collaboration interprofessionnelle et de continuité de soins pour les patients ».
Il n’est donc pas impossible que les professionnels français trouvent un terrain d’entente consacrant les limites de chacun.